La « révolution affective » qui est, depuis quelques années, prise en compte dans plusieurs disciplines scientifiques explore les voies par lesquelles les affects et les émotions influencent le comportement et la prise de décision, contrecarrant ainsi une focalisation, souvent exclusive, sur les choix logiques pour expliquer les actions humaines.
Les scientifiques ont souvent considéré que le comportement humain résultait de processus décisionnels rationnels. Pourtant, depuis quelques années, un changement de conception est à l’oeuvre : l’étude de l’influence de facteurs émotionnels sur les processus de jugement et les comportements rencontre un intérêt croissant non seulement dans les milieux scientifiques, mais également parmi les acteurs politiques et économiques.
Les émotions jouent un rôle central dans les relations sociales ; c’est pourquoi le fonctionnement des sociétés modernes dépend largement de la capacité des individus à gérer leurs sentiments.
Un nombre toujours croissant de disciplines explore les déterminants affectifs du comportement et il n’est donc pas exagéré de parler d’une véritable « révolution affective ». En économie, par exemple, autrefois un bastion des modèles rationnels de comportement, des Prix Nobel ont été attribués à des chercheurs qui travaillent sur le rôle des facteurs émotionnels dans la prise de décision et le jugement, de même que dans des situations de coopération et de concurrence. Les chercheurs en droit, quant à eux, s'intéressent aux sentiments de justice ; les historiens analysent les états d’âme caractéristiques de civilisations antérieures, et les informaticiens proposent d'équiper les ordinateurs d’une certaine compétence émotionnelle.
Le Pôle de Recherche National en Sciences affectives (PRN en Sciences Affectives) est financé par la Confédération et administré par le Fonds national suisse. Il est le premier centre national de recherche au monde dédié à l’étude interdisciplinaire des émotions et de leurs effets sur le comportement humain et la société.
L’Université de Genève est l’institution d’accueil du Centre, qui est dirigé par trois chercheurs reconnus à l’échelle internationale : le psychologue Klaus Scherer (directeur), le philosophe Kevin Mulligan et le neuropsychologue Martial Van der Linden (directeurs adjoints)
Le Centre est constitué d’un réseau de dix groupes de recherche et associe des membres de cinq universités suisses. Il rassemble des chercheurs suisses internationalement reconnus, ayant une longue histoire de collaboration entre eux ainsi qu’avec des chercheurs de pointe dans différentes universités de par le monde. Une approche réellement interdisciplinaire des phénomènes affectifs se doit de rassembler et d’intégrer des études empiriques et expérimentales (en neurologie, psychologie, sciences économiques et sociales), des recherches dans le domaine de la philosophie et des lettres (sur l’histoire des religions, les systèmes de valeurs, la philosophie de l’esprit et l’émotion dans la littérature et les arts), ainsi que des travaux consacrés à l’exploration des fondements normatifs et des applications pratiques du droit.
Les questions de recherche traitées par les chercheurs du Centre relèvent de trois domaines majeurs :
Le Centre vise à former la nouvelle génération de chercheurs au travers d’un programme ambitieux de formation doctorale et post-doctorale en mettant l’accent sur les capacités et les valeurs de la recherche interdisciplinaire.
Afin d’optimiser le potentiel d’application pour l’industrie, l’Etat, la santé, l’éducation et les arts, une collaboration étroite a d'ores et déjà été convenue avec des institutions publiques et des entreprises. Ces transfer partners sont impliqués dès la planification des recherches afin d’optimiser le potentiel des applications sociales et économiques.
Un accent particulier est mis sur l’utilisation des résultats de la recherche pour mieux comprendre différents problèmes sociaux : le genre, la santé et la violence sont des thèmes représentatifs.